"A chaque fois, on nettoie tout, on reconstruit tout"

L'architecte Patrick Bouchain a conçu le chapiteau du théâtre du Centaure

Architecte et scénographe, Patrick Bouchain a réalisé le Lieu unique de Nantes et orchestré les roues de l'an 2000 sur les Champs-Elysées. Pour le cirque, il a notamment travaillé avec Zingaro, la Volière Dromesko et plus récemment avec le théâtre du Centaure, qu'il a assisté dans la réalisation de son nouveau chapiteau.

En quoi le cirque est-il séduisant pour un architecte ?

Je travaille sur l'éphémère et la mobilité. Par son histoire, le cirque appartient à cette catégorie. Mais, il y a trente ans, le cirque traditionnel était enfermé dans un schéma architectural unique qui, certes, avait atteint une certaine perfection mais aussi ses limites. Quand, à cette même époque, des gens se sont questionnés sur un théâtre plus politique qui sortirait des institutions, le désir de créer des lieux mobiles est apparu. Le cirque, c'est l'architecture la plus modeste mais aussi la plus sauvage, le seul endroit où l'on est encore sur le plain-pied, sur la terre ferme.

Quelles en sont les contraintes spécifiques ?

C'est un lieu qui doit être monté et démonté assez facilement. Il faut répondre à un cahier des charges simple mais contraignant: prendre en compte le jeu, ce que la troupe veut faire à l'intérieur du cirque, ce qui représente déjà le contraire de l'architecture actuelle, où l'on construit souvent avant de se demander ce que l'on compte faire à l'intérieur du bâtiment.

Le cirque offre-t-il une grande liberté ?

Oui, d'autant que les technologies avancent. Les toiles sont plus résistantes, notamment aux rayons du soleil, ce qui permet de travailler avec d'autres couleurs. Mais, surtout, le cirque oblige à travailler avec le désir scénographique des artistes, les contraintes techniques, les impératifs de sécurité et des budgets très souvent restreints. Du coup, on ne s'encombre pas de détails.

Pourquoi un tel attachement au chapiteau dans le nouveau cirque ?

Il offre la satisfaction du travail que l'on fait soi-même. Chaque montage est l'occasion de parfaire sa structure. Produire le lieu dans lequel vous vous représentez, c'est déjà se représenter autrement. A chaque fois, on nettoie tout et on reconstruit tout. La proximité est aussi très importante. Au théâtre, tout est de plus en plus individualisé. Sous un chapiteau, l'espace est petit, le bois n'est pas très confortable, on touche son voisin, on est près les uns des autres. Il y a une convergence des corps proche de celle d'une vie en Communauté.

Recueilli par B.M


Source : supplément Libération "Le cirque lance des pistes" , 2002

×